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Sébastien Migné analyse le premier tour

Sébastien Migné, l’ancien sélectionneur du Congo, du Kenya et de la Guinée Equatoriale, a suivi avec attention le premier tour de la CAN 2021. Le technicien français livre son bilan à Sport News Africa, d’où il ressort en priorité l’élimination de l’Algérie, le tenant du titre.

De notre correspondant en France

 

L’élimination de l’Algérie constitue-t-elle le fait majeur de ce premier tour ?

Bien sûr. Cette élimination déjoue tous les pronostics. Tout le monde, moi le premier, avait fait de l’Algérie le favori. Depuis son titre obtenu en 2019, elle semblait encore plus forte. Elle était invaincue depuis plus de trois ans, elle jouait bien, marquait des buts et en dix jours au Cameroun, elle n’a quasiment rien réussi. C‘est surprenant, mais cela peut arriver. La CAN est une compétition difficile, où il faut être au top physiquement et mentalement. Ce n’était pas le cas pour l’Algérie,  qui a peut-être cru que ce serait plus facile au premier tour dans un groupe abordable, mais pour moi, cela ne doit pas remettre en cause tout ce qui a été accompli. Djamel Belmadi fait du très bon travail, je pense qu’il saura tirer les leçons de cet échec. Il y avait beaucoup de pression autour de cette équipe. Elle va devoir se concentrer sur les barrages qualificatifs pour la Coupe du Monde, en mars.

Avec l’Algérie, le Ghana est le seul poids lourd du football africain à quitter plus tôt que prévu le Cameroun. Qu’avez-vous pensé des prestations des autres favoris ?

En ce qui concerne le Ghana, je suis bien évidemment surpris par son élimination. Je m’attendais vraiment à mieux de sa part. Mais j’ai vu une équipe pas assez unie, pas assez conquérante. Pour le reste, j’ai vraiment apprécié le Nigeria. Il a proposé un jeu rafraîchissant, offensif, dynamique. C’est une équipe complète dans toutes les lignes, qui a d’excellents attaquants, dont Kelechi Iheanacho. Ce n’était pas évident, car le Nigeria avait changé de sélectionneur en décembre, en remplaçant Gernot Rohr par Augustine Eguavoen. Le Maroc a également assumé son statut. C’est sérieux, solide, il y a aussi une vraie qualité technique, et on sent bien la patte de Vahid Halilhodzic. Le Cameroun a fait bonne impression. Cette équipe a un très bon gardien avec André Onana et un vrai buteur, en la personne de Vincent Aboubakar. Et pour aller loin dans une CAN, ce sont des détails importants.  La Côte d’Ivoire dispose sans doute d’un des plus beaux effectifs, et elle a vraiment montré son vrai visage contre l’Algérie (3-1)…

« Le Sénégal peut aller loin »

Parlons du Sénégal et de l’Egypte, certes qualifiés, mais dont les prestations ont davantage provoqué de bâillements que d’enthousiasme…

Le Sénégal, il faut le rappeler, n’a gagné qu’un match face au Zimbabwe (1-0), grâce à un penalty de Mané lors du temps additionnel. Sans ce but, avec trois points, il ne serait sans doute pas qualifié. Bien sûr, avec la qualité de l’effectif, on attend beaucoup mieux de cette équipe. Mais il faut se souvenir que sa préparation a été perturbée par le Covid. Et le Cameroun, en 2017, n’avait pas été très brillant au premier tour, avant de monter en puissance et de gagner la CAN. Et le Sénégal, à mon avis, peut aller loin. Quant à l’Egypte, il faudra s’en méfier. On a toujours l’impression qu’on est meilleur qu’elle, mais à la fin, elle gagne souvent. Il est exact qu’elle s’en remet beaucoup à un éclair de génie ou une fulgurance de Mohamed Salah. J’attends avec impatience sa confrontation avec la Côte d’Ivoire.

Plusieurs sélections ont surpris lors de ce premier tour, dont la Gambie, le Malawi, les Comores et la Guinée Equatoriale, que vous avez dirigée en 2019-2020. Comment expliquez-vous ces performances ?

Cela montre qu’on travaille bien dans de nombreux pays africains. Cela fait des années que les Comores et la Gambie progressent, qu’il y a une stabilité technique. Ce sont des sélections de mieux en mieux organisées, et qui, sur le terrain, font preuve de beaucoup de sérieux. Elles ont proposé un jeu souvent décomplexé, assez rafraîchissant, et aucune n’a volé sa qualification.  Pour moi, le passage de seize à vingt-quatre équipes en phase finale est une bonne chose, dans la mesure où ce changement peut permettre à des sélections qui auraient eu du mal à se qualifier avec l’ancien format d’atteindre une phase finale, et de montrer ce dont elles sont capables. Je pense que certaines n’ont pas fini de nous surprendre.

Alexis BILLEBAULT



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